Le coin lecture
Camille Ruiz, Un chien arrive, 2026, Editions Corti
Ce livre comme se balader avec le chien de quelqu’un d’autre, mais pas tout à fait. Ce n’est pas le pays où je promène mon chien, ce n’est pas la race de mon chien, il arrive chiot celui-là, mais celle qui raconte son apprentissage de « maîtresse de Ziggy » est écrivaine. Elle écrit, elle observe, elle transforme ses pas en écriture et ses lectures aussi et toutes les réflexions qui lui viennent en prenant soin de Ziggy, en l’éduquant, en le promenant des heures durant, en lisant des auteurs qui ont écrit à propos de chien. Tenter de comprendre pourquoi cet amour, pourquoi ce besoin de prendre soin, interroger ses souvenirs, son enfance, voilà aussi une part du livre, effleurer avec pudeur la petite fille qu’elle était. Ce que lire de cette petite fille née trente ans après moi a apporté de douceur et de réparation, je ne m’y attendais pas. En théorie je savais que j’écrivais aussi pour cela : qu’en me lisant celle qui avait vécu quelque chose de similaire se sente soulagée de quelque chose dont elle gardait inconsciemment une culpabilité. Camille Ruiz avec ce livre m’a permis de le vivre depuis le ressenti du dedans.
« […] Nous poursuivons notre travail par couches qui se superposent, partant de là, de tout près, de la maison partagée avec un chien, de la rue partagée avec le chien. Regardant les partages se faire et se défaire, dessinant une carte de rencontres, d’anecdotes, de lieux se mettant à jour, creusant le sens du verbe tenir : dans le monde, se tenir, tenir au monde, montrer comme nous y tenons – autant que possible à l’écoute. »
Et une phrase à broder : « […] Comme il faut toujours s’efforcer, toujours se surveiller, pour maintenir de la douceur et de la joie. Et comme la joie est parfois solide, plus solide que ce que nous avions jusqu’ici soupçonné. »

