Le coin lecture :

Deux écrivaines, une illustratrice, un écrivain, trois livres.

Je ne suis pas chroniqueuse littéraire, je ne prétends pas l’être. Je voudrais ici présenter les livres qui jalonnent mon parcours de vie et qui me semblent importants, des livres dont, je le pense, on garde quelque chose pour poursuivre la route. Des livres « beaux et bons ».

Aujourd’hui le hasard réunit trois livres que rien ne relie : Des femmes et du style, pour un feminist gaze, d’Azélie Fayole, paru aux éditions divergences, Peggy M. de Perle Valens, paru aux éditions la place et La fée des grèves d’Antoine Lefranc, illustré par Mathilde Loisel, paru aux éditions du Chameau.

Trois livres que rien ne relie si ce n’est le hasard de ma lecture.

La fée de grèves est un roman de Paul Féval adapté par Antoine Lefranc dans une langue qui reste à la hauteur de nos attentes pour régaler nos âmes d’enfants qui ne nous quittent jamais tout à fait. Les illustrations de Mathilde Loisel à partir de ses linogravures augmentent le plaisir de notre chevauchée imaginaire dans la baie du Mont Saint Michel. Très belle qualité d’impression des éditions du Chameau à la hauteur des œuvres originales de Mathilde.


Des femmes et du style, pour un feminist gaze, nous plonge dans une analyse pertinente et engagée sur le style des femmes en littérature en nous présentant des genres et des œuvres littéraires dont beaucoup, je l’avoue, m’étaient inconnus.  Que je pourrais écrire « inconnues », si je décidais comme Eliane Viennot de « dé-patriarcaliser » selon son texte « Nous n’enseignerons plus que « le masculin l’emporte sur le féminin ». Azélie Fayolle nous offre avec ce livre un essai aussi passionnant qu’instructif. Surprise aussi d’y retrouver La maison des mues de Catherine Serre et de découvrir avant parution un extrait d’un livre de Milène Tournier, Duplex avec chambre en bas.


Peggy M. c’est le nom qu’elles partagent, celle qui est une adolescente aujourd’hui et celle qui a été sauvagement assassinée et dont l’histoire hante la première depuis qu’elle a tapé son propre nom sur internet et lu le récit du fait divers qui est apparu à l’écran. La suite, c’est de l’adolescente qu’on la tient, puisqu’elle nous livre des détails qu’elle cherche sur internet, tandis qu’au fil de ses découvertes ou de ce qu’elle en imagine, elle s’enferme chez elle en proie à l’effroi du dehors au fur et à mesure d’une certaine identification qui s’opère en elle avec la victime.

L’autrice, Perle Valens, nous livre ici une suite de textes courts dont certains adoptent volontairement une forme poétique affirmée jusque dans la présentation où plusieurs personnages différents donnent chacun leur vision du drame, la mère de Peggy, sa sœur, son grand frère, le procureur… La fin donne une cohérence à l’ensemble, mais je n’en dévoilerai rien. Ce texte est très beau. La poésie habite l’autrice et cela se sent. Perle Valens n’est pas seulement photographe et vidéaste, elle est poétesse. Les mots qu’elle trouve et assemble pour faire parler la victime elle-même à la fin du livre permettent de nous faire sentir l’horreur sans aucun voyeurisme, et c’est pour moi vraiment du grand art. Force, sensibilité et beaucoup de subtilité.

Ce livre a été magnifiquement mis en valeur par les éditrices des éditions La Place avec une mise en page et typographie tellement adéquates dont vous n’avez qu’un petit aperçu avec la très belle couverture.

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4 Commentaires

  1. merci pour ta revue de littérature en trois opus aux titres qui résonnent au féminin
    sensible particulièrement au texte de Perle Valens…
     » Je pense à toi ma sœur, je respire dans ton souffle éteint » (et certains savent combien cette phrase peut résonner pour moi)
    merci Anne pour ce beau partage

    1. Oh, oui, chère Françoise, je relis la phrase de Perle Valens que tu as relevée, en effet, tu lui donnes ainsi un nouvel éclairage plus loin et en dehors de Peggy M. Merci de ton écho ici.

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